Vivre en fauteuil : le rêve d’un chez-soi qui reste souvent inaccessible
En ce moment, autour de moi, beaucoup de gens déménagent.
Ils quittent leur appartement pour une maison plus grande, ou franchissent le cap de l’achat.
Moi, j’observe tout cela avec un mélange d’envie… et de résignation.
Depuis 2016, nous vivons dans un appartement en location de 80 m², en rez-de-chaussée, avec deux chambres, un petit jardin et à deux pas du centre-ville.
Sur le papier, c’est une chance.
Pour moi qui suis en fauteuil, être en rez-de-chaussée et proche de toutes commodités, c’est déjà un luxe que beaucoup n’ont pas.
Mais la réalité du quotidien est un peu différente.
Avec les meubles, un chien, une enfant de 10 ans et mon fauteuil électrique, l’espace devient vite étroit. Les couloirs sont exigus.
À mon grand regret, impossible d’aménager une vraie pièce bureau et mon bureau trône donc au milieu du salon. De ce fait, la tranquillité se fait rare.
Quand il y a du monde, comme des invités ou mon aide à domicile, je sens mon espace se réduire encore un peu plus. Ma concentration disparaît, et avec elle, parfois, l’envie d’écrire.
Alors, j’ai trouvé des petites astuces.
Pour m’isoler un peu, même au milieu du salon, je mets mes AirPods, de la musique dans les oreilles… et je crée ma bulle.
Ce n’est pas une vraie pièce à moi, mais parfois, ça suffit à faire taire le reste.
Mais dans cet appartement, j’ai quand même ma pièce préférée : la salle de bain.
Grande, spacieuse, pensée pour que je puisse manœuvrer avec mon fauteuil, elle a été refaite aux normes PMR par le propriétaire lors de notre emménagement, en échange d’une petite augmentation de loyer.
Et ça change tout.
Je m’y sens bien. C’est un espace un peu à part.
J’aime y passer du temps le matin et le soir, à tenter de m’y pouponner comme je peux.
Comme une façon de rattraper toutes ces années passées à devoir m’adapter à des salles de bain trop petites, mal agencées… ou pas vraiment pensées pour moi.
J’ai 42 ans, et comme beaucoup, j’aimerais plus grand. Dans l’idéal, une maison de plain-pied.
Avec un jardin, un garage, et au moins trois chambres : une pour ma fille, une pour dormir… et une vraie pièce à moi. Un bureau.
Un espace pour m’isoler, entourée de mes livres, de mes cahiers, de mes idées.
Un endroit où écrire sans compromis.
Mais acheter, avec l’AAH, c’est presque mission impossible.
Et louer ?
Dès qu’on cherche plus grand, les prix s’envolent… ou l’accessibilité disparaît. Alors on reste là où l’on est.
Reconnaissante pour ce que j’ai. Mais frustrée, aussi, face à ces barrières invisibles… mais bien réelles.
Parce qu’au quotidien, les contraintes s’accumulent :
L’espace de circulation est limité : chaque meuble, chaque objet devient un obstacle.
Les rangements sont insuffisants, ce qui complique le moindre déplacement.
L’intimité est réduite, surtout quand votre bureau est au milieu du salon.
Et surtout, l’accessibilité limite drastiquement les choix de logement… et donc une part de liberté.
Vivre en fauteuil, c’est souvent apprendre à faire des compromis.
On apprécie les petites victoires : un rez-de-chaussée, un appartement bien situé, un petit jardin.
Mais on ne peut s’empêcher d’envier ceux pour qui déménager, acheter, s’agrandir… ne dépend pas d’une marche, d’une porte trop étroite ou d’une salle de bain impraticable.
Il serait temps que l’immobilier accessible ne soit plus une exception, mais une évidence.
Que chacun puisse rêver d’un vrai chez-soi.
Un lieu où vivre, travailler, se reposer, créer… sans que les contraintes architecturales ou financières ne viennent limiter ces projets.
Et pourtant, en attendant, j’apprécie mon appartement actuel.
Comme je le disais, mon appartement est bien plus accessible que beaucoup d’autres et proche de toutes commodités.
Il est agréable l’été, avec son petit bout de jardin et sa capacité à garder la fraîcheur à l’intérieur.
L’hiver, c’est une autre histoire.
L’isolation laisse à désirer, le gaz coûte de plus en plus cher… et mon corps spastique, lui, n’apprécie pas vraiment. Alors, là aussi, je m’adapte.
Je suis devenue adepte des vêtements Damart et des couvertures chauffantes.
Ce n’est peut-être pas la solution idéale, mais ça aide à tenir, et à limiter un peu les dépenses de chauffage.
Malgré tout, c’est chez moi. Un chez-moi imparfait, parfois contraignant… mais un chez-moi quand même.
Un lieu qui ne m’empêche pas de rêver, souvent, à une jolie maison familiale.
Un endroit que je pourrais enfin adapter à mes besoins, à mon quotidien, à mes envies.
Un espace pensé pour moi. Et non un endroit dans lequel je dois m’adapter.
Et si, un jour, nos espaces de vie s’ajustaient enfin à nos besoins… au lieu de nous demander de nous plier à leurs limites ?