Quand une simple prise de sang réveille l’enfant que j’étais…

 

Une angoisse qui commence bien avant le jour J

Ce matin, j’ai affronté une peur que je traîne depuis l’enfance. La peur d’une simple prise de sang.
Un bilan sanguin qui reste un geste banal pour beaucoup. Mais pour moi, c’est toujours une épreuve.

Depuis plusieurs jours déjà, l’angoisse s’installait doucement. Une tension sourde, tapie quelque part entre le ventre et la poitrine.
Je savais que ce moment allait arriver…

Même téléphoner au cabinet infirmier je repoussais tant que je pouvais car je savais qu’une fois le rdv pris, je ne pourrais plus reculer. Je me mettais des objectifs: “Je ferais ma prise de sang aux beaux jours, je suis de meilleure humeur s’il fait jour le matin tôt”. Et puis, “pourquoi pas après le week-end de Pâques?” et finalement après les vacances scolaires car je ne vais tout de même pas me lever tôt alors que vu que ma fille n’a pas école, je peux dormir un peu plus le matin”.

Et j’ai tenu parole car aujourd’hui, nous sommes le jour de la rentrée des vacances de Pâques chez nous. 

Le moment tant redouté

J’ai pourtant bien dormi cette nuit. Comme si mon corps essayait de me donner un peu de répit avant la tempête.

Puis, ce matin 7h, l’infirmière est arrivée chez moi et là, le périple commence : chercher une veine. Toujours ce même combat. Trois piqûres. Une dans chaque bras et une dans une main.

Et finalement, c’est le bras droit qui fut le plus coopératif pour laisser apparaître une jolie veine. Ouf, mon corps, au dernier moment, m’accorde une trêve.

Mais ma main gauche, elle, en garde la trace : un bleu et une douleur sourde.

Oui, j’ai des veines fines et surtout, j’ai du mal à me détendre.

Une enfance marquée par le médical

Parce que derrière cette simple prise de sang, il y a toute une histoire.

Une enfance rythmée par les hôpitaux, les consultations, les interventions.
Et, avant chaque opération, les prises de sang. Et après les opérations, les soins, les rodons et tout ce sang et ces douleurs qui allaient avec.

À l’époque, on ne parlait pas vraiment de peur. On ne prenait pas le temps d’expliquer à une enfant. On ne cherchait pas à rassurer.

Je me souviens du silence, des gestes rapides, des regards absents.

Je n’étais pas une enfant qu’on console et à qui l’on parle. J’étais un corps qu’on soigne.

Heureusement aujourd’hui, le regard des médecins et de tout autre personnel soignant a changé envers les enfants. Mais. Il faut croire que de ce côté-là, je ne suis pas née à la bonne époque.

Des sensations qui restent

Les odeurs d’hôpital me reviennent encore aujourd’hui.
Le désinfectant, l’alcool, j’en ai horreur ! Il suffit d’une effluve pour que mon cœur s’emballe, que ma tête tourne.

Et d’un coup, je ne suis plus une adulte. Je redeviens cette petite fille.

Une peur qui dépasse la raison

Même l’attente des résultats me ronge.

Cette peur irrationnelle que quelque chose n’aille pas. Qu’on me rappelle et qu’on m’envoie voir d’autres médecins.

Alors que, dans les faits, je suis plutôt en bonne santé. Mais la peur, elle, ne fonctionne pas avec la logique.

Heureusement, un peu de douceur

Aujourd’hui, les choses sont différentes. L’infirmière qui vient me faire le prélèvement à domicile est douce, patiente, bienveillante.
Elle prend le temps, elle m’écoute. Et ça change tout.

La parenthèse inattendue de la grossesse

Etrangement, il y a eu une période où tout cela ne m’atteignait presque plus. C’était durant ma grossesse.

Les prises de sang étaient pourtant très fréquentes et les examens aussi. Même le diabète gestationnel est venu s’ajouter à la liste.

Et pourtant, j’étais apaisée. Parce que tout avait un sens. Tout cela était en priorité pour mon bébé.

Je vivais dans une bulle. Une bulle où la peur n’avait plus la même place.

Je me surprenais même à penser que mon passé m’avait préparée à ça. Comme si toutes ces épreuves prenaient enfin une forme d’utilité.

Le regard de ma fille

Ma fille a aujourd’hui dix ans.

Elle regarde les prises de sang avec fascination. Elle dit que ça ne doit pas faire si mal.

Je l’observe et je pense à moi, au même âge.

À toutes ces fois où j’ai dû subir ce qu’elle n’a jamais connu et que j’espère elle ne connaitra jamais.

Et je mesure le chemin parcouru.

L’enfant intérieur ne disparaît jamais

Les traumatismes d’enfance ne disparaissent pas. Ils s’apaisent, ils se cachent.

Mais ils restent là et ressortent à certains moments.

Je suis adulte aujourd’hui. Mais au fond de moi, cette petite fille existe toujours.

Ce que les autres ne voient pas

Quand j’en parle, certains en rient.
Ils ne comprennent pas. Et c’est normal. On ne peut pas ressentir ce que l’on n’a pas vécu.

Entre force et cicatrices et puis… respirer enfin

Ce passé m’a appris la force et la résilience mais il a aussi laissé des traces.

Laissé des peurs, des réflexes et des fragilités.

Au moment où j’écris, je peux souffler. Mes résultats sont bons. Tout va bien.🙂👍

Alors je respire un peu plus profondément que ce matin, mais je me sens vidée de toute mon énergie pour le reste de la journée.

Mais qu’importe, l’important c’est que pour quelques temps au moins, la petite fille en moi peut se reposer. 

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