La revanche silencieuse de l’accessibilité

 

Ce matin, ma fille, en CM2, découvrait son futur collège à l’occasion des journées portes ouvertes.

Un moment anodin pour beaucoup de familles. Un moment chargé d’histoire pour moi.

Car ce même collège, au milieu des années 1990, avait refusé de m’accueillir.

Motif : absence d’accessibilité PMR, pas d’ascenseur, trop compliqué.

Bien sûr, je savais que depuis, des travaux avaient été réalisés. Que les normes avaient évolué. Que l’établissement était désormais accessible. Je savais que je pourrais y entrer, y circuler, participer à la visite sans obstacle.

Mais un doute persistait. Une petite appréhension silencieuse, héritée du passé.

Et puis… je suis entrée. Et là, j’ai découvert:

  • Entrée sans aucune marche.

  • Couloirs larges.

  • Ascenseur.

  • Toilettes adaptées.

Tout était pensé. Tout était fluide.

Et les professeurs ? Ils étaient ouverts, naturels, bienveillants.

Ils me parlaient en me regardant dans les yeux, sans gêne, sans jugement. Simplement.

J’ai été sincèrement impressionnée.

Mes années collège : la route, la fatigue, l’adaptation

Tout cela m’a replongée dans mes propres années collège qui furent plus chaotiques.

Faute de pouvoir intégrer l’établissement proche de chez moi, comme mes sœurs, j’ai dû, de la 6ème à la 4ème, fréquenter un collège situé à 30 kilomètres. Prendre un taxi très tôt le matin et effectuer le retour tard le soir. Des journées de 8h à 17h auxquelles s’ajoutaient les trajets. Je n’étais pas la seule dans le taxi et d’autres enfants étaient déposés chez eux avant moi. J’étais la dernière du circuit à être déposée le soir et la première à partir le matin.

La fatigue s’accumulait. Mon handicap moteur me rend déjà vite fatigable.

Le soir, je n’avais plus l’énergie de réviser, ni même parfois de terminer mes devoirs. Et pourtant, le réveil sonnait à 6h le matin pour recommencer.

À partir de la 4ème, mes parents ont trouvé un autre établissement, plus petit et plus proche de chez nous. Accessible, avec un ascenseur. J’y ai effectué ma 4ème et ma 3ème.

Plus de longs trajets et moins de fatigue.

Mais une autre réalité : s’adapter à une classe entièrement pensée pour des élèves valides.

Quand l’inclusion dépend du bon vouloir des gens

Dans mon premier collège, il y avait principalement des élèves valides, mais aussi quelques élèves en situation de handicap moteur comme moi. L’équipe enseignante était sensibilisée.

Je pouvais utiliser mon ordinateur portable pour prendre les notes en cours. Les élèves m’aidaient naturellement.

Il existait une salle dédiée, avec des Auxiliaires de Vie Scolaire (aujourd’hui: AESH) et des enseignants spécialisés. On pouvait rattraper les cours, demander du soutien.

Mon problème n’a jamais été intellectuel.

J’écris simplement beaucoup moins vite à la main. Mon poignet se crispe rapidement. La fatigue arrive vite. J’ai aussi des troubles de la spatialisation et une dyscalculie importante : les mathématiques ont longtemps été mon cauchemar à l’école.

En revanche, en français, j’ai toujours été à l’aise. Souvent félicitée. Encouragée pour mes rédactions. L’écriture a toujours été mon refuge.

Dans mon second collège, il a fallu tout réapprendre : changer régulièrement d’AVS, emprunter des cahiers pour photocopier des cours inachevés d’écrire, demander un tiers temps pour les contrôles, expliquer, encore et encore…

Je me souviens d’une dictée.

Je voulais la faire comme les autres. J’étais bonne en orthographe. Je savais que j’en étais capable.

Mais je n’ai pas réussi à suivre le rythme d’écriture. Les mots défilaient trop vite. Mon poignet se bloquait. Je me suis sentie perdue… et je me suis mise à pleurer devant toute la classe.

Mon AVS m’a alors accompagnée dehors. Nous avons fait un tour dans la cour. Elle m’a rassurée.

Par la suite, il me semble que le professeur ne m’a plus fait faire de dictées.

On ne cherchait pas à adapter. On contournait. On ne voulait pas « s’embêter ».

J’ai souvent eu l’impression que c’était à moi de m’adapter. Pas aux adultes.

Le redoublement de trop

On m’a fait redoubler ma 3ème à cause de mes lacunes en mathématiques.

Ma professeure principale, qui était également prof d’EPS qui ne me connaissait pas vraiment (discipline dont j’étais dispensée) a estimé que je ne pourrais pas suivre en seconde générale.

Pourtant, à la fin de l’année j’ai obtenu mon brevet.

Ce redoublement m’a profondément démotivée. Je ne me sentais ni écoutée, ni comprise.

Et malgré tout, quelques années plus tard… J’ai obtenu un bac littéraire, j’a poursuivi des études supérieures et je me suis construite.

Aujourd’hui, je suis heureuse. Finalement, c’est cela qui compte.

Ce matin : un symbole:

Ce matin, dans ce collège qui m’avait autrefois fermée ses portes, j’ai vu un établissement pleinement pensé pour accueillir des élèves handicapés parmi les valides.

Ce n’est pas si fréquent que j’écrive sur le positif de l’accessibilité PMR. Mais aujourd’hui, cela méritait d’être souligné.

Oui, tout n’est pas parfait. Le principal point noir pour les élèves handicapés aujourd’hui, reste l’obtention d’une AESH. C’est parfois devenu un parcours du combattant pour les familles. Déjà, à la fin de ma scolarité, cela commençait à se compliquer.

Mais sur le plan des infrastructures, des mentalités et de l’inclusion, les progrès sont réels.

Bien sûr, je suis simplement une maman. Ma fille est valide et vit une scolarité tout à fait ordinaire.

Mais je suis profondément heureuse pour les enfants en situation de handicap d’aujourd’hui et de demain.

Parce que ce qui m’a été refusé autrefois leur sera peut-être, enfin, naturellement accordé.

Et ça, c’est une vraie victoire.

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❄️ L’hiver, la spasticité et moi