Étrange été…

 

Il y a des étés qui s'écoulent dans l'insouciance. Et puis il y a celui-ci.

L'été 2026 me laisse pour l’instant, une étrange impression. Comme si le temps s'était étiré, suspendu entre la chaleur écrasante des journées et les actualités qui, chaque soir, semblent un peu plus lourdes.

Les canicules se succèdent. Les volets restent fermés une bonne partie de la journée pour conserver un peu de fraîcheur, le ventilateur tourne sans relâche et les sorties se font plus rares. Tout semble avancer au ralenti.

Ma fille est partie depuis le début du mois passer un mois entier chez ses grands-parents paternels, à près de quatre cents kilomètres de chez moi.

Je découvre un appartement étonnamment calme. J'apprécie cette tranquillité retrouvée, ce temps qui m'appartient enfin. J'en profite pour ranger, trier, vider quelques placards. Je prépare aussi sa rentrée au collège. Les fournitures scolaires attendent déjà dans un coin de sa chambre (nous les trierons ensemble à son retour), les dossiers administratifs attendent avec la pile des documents à ne pas oublier sur mon bureau.

Tout cela me paraît si étrange.

J'ai encore l'impression que c'était hier que je l'accompagnais pour son premier jour d'école. Dans quelques semaines, elle fera sa rentrée en sixième. Une nouvelle étape pour elle... mais aussi pour moi. Les enfants grandissent si vite qu'on a parfois le sentiment d'avoir raté quelques pages du livre.

Et pourtant, malgré ce calme que j'apprécie, je me languis d'elle.

Son absence se glisse dans les détails du quotidien. Une chambre silencieuse, une chaise inoccupée autour de la table, un éclat de rire qui ne résonne plus.

On peut aimer le silence tout en attendant avec impatience qu'il soit interrompu.

Alors je lis. Beaucoup.

Depuis quelques semaines, je traverse une période où les histoires de fantômes m'attirent irrésistiblement. Les vieilles demeures, les secrets de famille, les présences invisibles... En ce moment, je me laisse emporter par: Les Ombres de Larkin Lodge, de Sarah Pinborough sur ma liseuse.

Pendant ces heures de lecture, je ne suis jamais vraiment seule. Mon chien vient presque toujours s'allonger près de moi dans le salon ou dans le jardin. Il dort paisiblement à mes pieds, pousse parfois un profond soupir. Sa simple présence suffit à apaiser cette petite solitude qui s'invite parfois lorsque la maison est vide. Il ne demande rien. Il est simplement là. Et certains jours, c'est exactement ce dont j'ai besoin.

Puis il y a ces envies qui naissent sans prévenir.

Au moment où j'écris cette chronique, une furieuse et étrange envie de cake au citron m'a prise. Il est en train de cuire dans le four pendant que j'écris ces lignes et son parfum emplit doucement l'appartement. Une odeur réconfortante qui se mêle à la chaleur de l'été. Je souris en me disant que les meilleures envies sont parfois celles que l'on n'explique pas.

Depuis plusieurs jours, les infos ne parlent presque plus que des incendies qui ravagent notre pays.

D'abord la forêt de Fontainebleau, non loin de l'endroit où ma fille passe ses vacances. Puis le Cap Ferret.

Le Cap Ferret...

Ces quelques mots réveillent aussitôt une foule de souvenirs. Ma grand-mère y vit et j'y ai passé toutes mes vacances d'enfance. Les pins, l'odeur de l'océan, les balades à vélo, les longues journées d'été... À mon grand regret, cela fait des années que je n'ai pas eu l'occasion d'y retourner et ça me manque. Voir ces paysages partir en fumée me serre profondément le cœur. Ce ne sont pas seulement des arbres qui brûlent, ce sont aussi des souvenirs.

Par un étrange concours de circonstances, ma grand-mère n’y est heureusement pas.

Fin juin, elle est venue rendre visite à mes parents et à la famille en général,  et dans les premiers jours de son séjour, une chute a malheureusement bouleversé ses projets et elle a dû être hospitalisée ici. Son retour a donc été repoussé.

Bien sûr, je n'irai jamais dire qu'une hospitalisation est une bonne chose. Mais en regardant les images des incendies, je ne peux m'empêcher de penser que ce contretemps l'a peut-être éloignée d'une situation encore plus difficile.

Je ne sais pas si les choses arrivent pour une raison.

Mais il y a parfois des coïncidences qui donnent envie de croire que la vie suit un chemin qui nous échappe.

Oui... c'est décidément un étrange été.

Un été où les canicules n'en finissent plus. Où les forêts brûlent. Où ma fille s'apprête à entrer au collège. Où les romans de fantômes me tiennent compagnie. Où mon bon chien apaise les silences. Où l'odeur d'un cake au citron peut, pendant quelques instants, faire oublier le reste.

Peut-être est-ce cela, finalement, grandir, vieillir et continuer d'avancer : apprendre à accueillir les saisons de la vie telles qu'elles viennent, avec leur part d'inquiétude, de nostalgie, de changements... mais aussi avec ces petits instants de douceur qui, sans faire de bruit, nous rappellent que le bonheur se cache souvent dans les choses les plus simples.

Étrange été... Je suis certaine que je m'en souviendrai longtemps.

Pour une fois, cette chronique n'a presque rien à voir avec ce que le handicap engendre dans mon quotidien. J'avais simplement envie, peut-être même besoin, de poser des mots sur ce drôle de mois de juillet. Sur cette parenthèse faite de chaleur, d'absence, de livres, de souvenirs, d'inquiétudes, d'un chien toujours fidèle à mes côtés... et même de l'odeur d'un cake au citron qui sort du four.🍋

Parce qu'au fond, écrire, c'est aussi cela : garder une trace des saisons de notre vie, même lorsqu'elles sont simplement... étranges.

Bel été à tous ! ☀️

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Le bonheur des jours simples